30 septembre 2011

(Re)play

Filed under: Romans — Mots-clefs :, , , — Sebastien @ 10 h 05 min

(Re)play / Jean-Philippe BLONDEL
Actes sud junior, 2011

Mais qu’arrive t-il à ces midinettes hystériques ? Qui est responsable de ce pogo incontrôlé dans un lieu si austère puisqu’il s’agit du CDI du lycée ?

Benjamin est surpris par cette effervescence soudaine et trouve la réponse. Le lycée organise un concours de Rock parrainé par le critique Franck Ménard.

Un an auparavant cette agitation frénétique aurait marqué Benjamin mais depuis des mois les membres de son ex groupe les « Frontlights » se sont séparés. Depuis Benjamin se morfond, traîne son âme et son vide musical dans les couloirs de l’établissement. A la fois blessé, heurté, déçu, humilié les sombres sentiments de Ben se mélangent. Pourquoi Clara ne l’avait elle pas choisi ? Comment son meilleur ami, Mathieu, a-t-il pu oser l’inconcevable ?

Depuis Ben se terre. Entre sa chambre et la passerelle de laquelle il s’est vu tomber, Ben suscite l’inquiétude de ses proches. Tous ont remarqué l’éloignement de Ben et de Mathieu. Personne ne comprend vraiment.

Devenus rivaux à cause de Clara, les deux jeunes hommes peinent à retrouver la force de passer outre. L’arrivée annoncée de l’homme aux lunettes noires donnerait l’occasion aux musiciens d’exprimer la violence, la rancœur et la peine avec ou sans Clara.

Une rencontre arrangée permet aux deux jeunes hommes de rétablir un contact, de devenir peut-être en cette année cruciale de terminale, des hommes.

Un roman très court, rythmé et calibré pour la FM ! Les amateurs de Rock seront au nirvana. Des clichés : cheveux style mèche rebelle, sempiternelle guéguerre opposant « slim » et gothiques, paroles apocalyptiques (trop dur le bahut), rivalités avec les autres groupes en lice (et même un groupe de filles !)… accompagnent le lecteur devenu auditeur d’une bande son mixée par Jean-Philippe Blondel.

Mais l’intérêt de ce roman réside principalement dans l’évolution parallèle des deux rivaux. L’un, Mathieu, avance, l’autre, Ben, est resté dans son passé.

L’opposition entre le passé et le présent (et son devenir) est au cœur du récit. Les personnages y reviennent systématiquement. Avec pour seul et unique repère temporel un avant et un après Clara. Avec ce curieux documentaliste, l’ex jury star d’un télé crochet musical et le père de Ben, les nostalgies d’un temps révolu semblent emprisonner le jeune homme. A moins que ces nostalgiques, à l’inverse, ne se montrent bien plus clairvoyants et modernes avec Ben… Il doit choisir. Demeurer dans le passé ou prendre des risques. Devenir adulte ? Alors pour ça :

« Branchez la guitare
Entonnez le tambour
Moi, j’accorde ma basse
Un, deux, trois, quatre… »

22 septembre 2011

Sans la télé

Filed under: Romans — Mots-clefs :, , , , — Sebastien @ 9 h 52 min

Sans la télé / Guillaume Guéraud
éditions du Rouergue, 2010

S’il existe un auteur redouté et redoutable lorsque survient son nouveau livre c’est bien Guillaume Guéraud. Iconoclaste au possible, ce trublion et poil à gratter des biens-pensants s’en donne à cœur joie pour exceller dans la provocation. Si seulement l’odieux écrivain ne maîtrisait pas son texte cela deviendrait alors bien commode de l’oublier dans un carton d’éditeur ! Et bien non. Ce mec a un talent fou. Alors on le lit, on l’apprécie ou le déteste.

« sans la télé » est un texte de type OLNI (objet littéraire non identifié) qui permet enfin à ce sérial writer de nous donner des clés pour mieux le saisir. Peut-être est il las de répondre aux sempiternelles questions : « mais pourquoi tant de haine, pourquoi tant de violence ? Pourquoi ? Pourquoi et encore pourquoi ? Dis nous donc POURQUOI !

Alors cette autofiction tombe à pic. Prenez garde ! Pas comme l’homme qui tombe à pic ! Justement non. N’abordez pas le sujet série télé avec Guéraud vous risqueriez de vous retrouver non pas avec un fulguro-poing en pleine poire mais plutôt avec un sabre façon Kurosawa dans « Kagemusha » à portée de nez. De cinéma il en est grandement question dans ce texte. L’auteur y raconte son amour absolu pour le septième art.

Touchant lorsqu’il évoque son émotion en regardant « la Strada » de Fellini, précocement engagé et militant en scrutant les péripétie de Chaplin dans les « temps modernes », drôle en relatant ses premiers émois sexuels devant (ou avec) Jennifer Jones, dans « Duel au soleil » de King Vidor, Gueraud nous ouvre son âme façon « star wars » d’autant qu’avec lui, anti manichéen les forces du bien et du mal mériteraient une réécriture pour une nouvelle saga.

Avec recul on extirpe avec frénésie de la cinémathèque les films avec lesquels l’auteur a grandi et on compare avec sa bibliographie : des exemples ? « Cité nique le ciel » est forcément lié à « Scarface » et à « la haine », « la brigade de l’œil » est un hommage à « Farenheit 451 », les 1ères pages de « coup de sabre » mériteraient d’être cinématographiées par un maître japonais. Et que penser de « déroute sauvage » qui semble avoir été écrit pour être mis en scène par Wes Craven (période années 1980).

Les salles obscures n’éloignent pas pour autant Guillaume de la société. Au contraire, sa mère, son oncle, son grand père, ses camarades d’école, sa bande de quartier sont tour à tour les acteurs, les figurants et les spectateurs d’un biopic que l’auteur scénariste met brillamment en mot.

Et si Guillaume s’intéresse autant au cinéma qu’attend le cinéma pour s’intéresser aux textes de Guéraud ?