14 janvier 2011

Daddy est mort

Filed under: Non classé,Romans — Mots-clefs :, , , , — Marilyne @ 14 h 04 min

Daddy est mort / Insa sané

Editions Sarbacane Coll. Exprim’

Résumé de l’éditeur: « 1995, Sarcelles. Tandis que Djiraël s’envole pour Dakar, son pote Daddy a du pain sur le bitume : à 20 ans, il va être père. Alors faut qu’il assure, et pour ça il a un plan… et un mystère à percer : l’identité de son géniteur. Un mystère qui va lui coûter la vie. Sa mort provoque une impitoyable guerre de quartiers entre Parisiens et banlieusards, où Djiraël, à peine rentré de Dakar, est entraîné, avec toute sa bande de potes. Dans le clash se croisent histoires d’amour et serments d’amitié, cris de rage et larmes de joie… »

Le résumé de Sarbacane est juste : il n’en dit pas trop et donne envie retrouver Djiraël et ses « assoss »

Quatrième (et dernier) tome des la comédie urbaine d’Insa sané, « Daddy est mort » est aussi bon et addictif que les autres. On a plaisir à retrouver les personnages croisés dans « Sarcelles-Dakar », « du plomb dans le crâne » ou « gueule de bois », et  à revivre des scènes mais d’un point de vue différent.

Les personnages sont vrais et attachants. Le parcours de Tonton Black Jacket par exemple nous aide à comprendre pourquoi il est devenu un « flic » pas très sympathique (et je pèse mes mots).

Tout se passe en 1995 ce qui est assez décalé dans le comportement des protagonistes : notamment lorsqu’ils doivent se joindre puisqu’ils vont dans des cabines téléphoniques ou attendent chez patiemment chez eux devant leur fixe !!!

et pourtant cela pourrait être aujourd’hui : les problèmes sociaux sont les mêmes, les embrouilles aussi.

L’écriture d’Insa Sané est véritablement ancrée dans la musicalité, le slam et est toujours aussi rythmée et poétique. La lecture est donc haletante, on ne peut pas lâcher le roman on leur savoir aller au bout avec les personnages

Tous comme les trois autres j’ai adoré « Daddy est mort »: En revanche il y a tout un passage où le narrateur qui s’adresse beaucoup au lecteur fait une digression sur la vie, passage pseudo-philosophique qui n’est en fait qu’une excuse pour citer des titres de la collection Exprim’ et faire de la pub déguisée à cette collection qui l’a lancée. Ce passage fabriqué est assez déroutant et énervant dans la mesure où il n’apporte rien à l’histoire mais en plus n’est pas agréable à lire contrairement à ces textes sur la ville par exemple (dans « Gueule de bois ».).

Bref Un grand moment de lecture grâce à « Daddy est mort »comme d’habitude !

4 novembre 2010

Zone tribale

Filed under: Romans — Mots-clefs :, , , — Marilyne @ 9 h 54 min

Zone tribale / Pascale Maret

Ed. Thierry Magnier coll. Romans

Dans une cité parisienne, Souf, 16 ans, vit au rythme des bagarres contre les juifs et les maghrébins du quartier. Il fait aussi partie d’un groupe du quartier « la première tribu » dans laquelle il se sent exister et reconnu contrairement à son environnement familial. Cette première tribu est une sorte de « société secrète » dirigée par Chaka qui en plus de faire des affaires plutôt illégales dans le quartier prône un discours affirmant la supériorité des noirs et une revendication à al reconnaissance du peuple noir mais aussi un  antisémite et  raciste . La vie de Souf va changer le jour où les jumeaux Angie et fred viennent habiter dans la cité. Souf tombe immédiatement amoureux d’Angie, sentiment qui est loin d’être réciproque. Plus bête que méchant et poussé par la jalousie  et galvanisé par les discours de Chaka qui soutient que seuls les juifs ont de l’argent et que la première tribu a besoin d’argent, Souf  annonce qu’il connait quelqu’un qui a de l’argent, un juif, et qui pourrait être kidnappé contre rançon comme Chaka avait évoqué. Ce jeune homme c’est Maxime le petit ami d’Angie. Souf va alors être plongé dans la spirale infernale de ce kidnapping et va se retrouver pris au piège et dépassé par la violence de ses complices tortionnaires. L’aventure se finira dans le sang et Souf mineur au moment des faits ira en maison de redressement pour essayer de trouver une voie qui sera la sienne. Cependant, le susrsaut d’humanité de Souf permettra de laisser la vie sauve à Maxime et Fred qui malgré tout ne s’en sortirons pas indemnes.
Cette histoire n’est pas sans nous rappeler le fait divers du gang des barbares qui a couté la vie à Ilan Halimi en 2006. Le personnage de Chaka est clairement inspiré du chef du gang Youssouf Fofana. Mais le discours de Youssouf Fofana est aussi inspiré du leader du groupe la tribu Ka (kemi Seba) qui prône une ségrégation du peuple blanc, un antisémitisme et la suprématie du peuple noir descendant des kémites d’Egypte.

Pascale Maret a choisi de traiter un sujet difficile incarné par le personnage de Souf : comment un ado peut être pris dans une spirale infernale alors qu’il n’est ni méchant, ni raciste mais seulement perdu. Elle montre comment certains jeunes sont entraines malgré eux dans des crimes.
Avec simplicité, pascale maret arrive comme toujours à faire passer le message et à faire réfléchir le lecteur, sans jamais alourdir le texte de clichés. Roman coup de poing par le sujet mais au texte simple, agréable à lire grâce à  l’alternance des points de vue (un narrateur omniscient) et la voix d’Angie, Zone tribale ne laisse pas indifférent et permet de ne pas oublier qu’aujourd’hui on peut encore mourir à cause de clichés.

Un très bon roman loin des clichés sur la banlieue qui se lit d’une traite. J’ai beaucoup aimé le fait que malgré le sujet difficile, l’auteure ne tombe pas dans les descriptions glauques et gratuites. Les protagonistes sont humains et font des erreurs et c’ets ce qui nous donne le plus à réfléchir.

12 août 2010

Les filles ne mentent jamais

Filed under: Romans — Mots-clefs :, , , , — Marilyne @ 15 h 57 min

Les filles ne mentent jamais / Flo Jallier

édition Sarbacane coll. Expri’m

Tout commence  à Banlieue-en France dans les années 70. Une bande de copains comme tant d’autres. Ils  vivent dans une cité. Si différents et pourtant toujours ensemble : il y a Marie-Jo, Katérina, Fatou et Nadia  toujours suivies de prêt par Nico et Idir. Chaque fille va prendre la parole  et évoquer son parcours. Des destins de filles avec en toile de fond l’évocation de faits d’actualité comme la mixité, les cités mais aussi l’amitié et les affres du destin. Il y a Nadia curieuse de tout et qui aime les mots autant qu’elle aime son frère jumeau Idir, fatou qui essaie de se sortir des traditions familiales, Marie-Jo qui parle beaucoup et Katerina qui arrive tout juste d’Ukraine. Idir est toujours dans le sillon de sa sœur et Nico le timide cache en lui une violence insoupçonnable.

Des mots d’enfants aux retrouvailles d’adultes, on suit, on devine parfois les joies et les douleurs de chacun.

Quatre paroles, quatre parcours singuliers pour les quatre filles confrontées à la violence et aux discriminations. Elles incarnent à leur façon certains des combats d’Amnesty international pour le respect des droits fondamentaux de toutes et de tous.

Entre humour et tragédie Flo Jallier a su rendre attachant ses personnages et évoquer les réalités sociales de notre époque. L’écriture est le symbole du temps qui passe (les écrits d’enfants sont truffés de fautes, les récits d’ado sont argotiques et d’un langage moderne, l’écriture adulte est riche et posée).

S’inscrivant parfaitement dans l’écriture urbaine Flo Jallier nous livre ici un hymne à l’amitié et à la verve de tous les « moineaux de té-ci ». Plein de poésie, ce roman est un réel plaisir de lecture.

La collection Expri’m propose toujours une bande-son de l’auteur pour s’imprégner de l’ambiance du roman.

A noter que la bibliothèque municipale recevra Flo Jallier le 6 novembre 2010 lors d’une rencontre sur le thème de l’écriture urbaine à laquelle participera aussi Lamence Madzou.