7 janvier 2012

ADOPAGE le club : sélection « Thriller fait moi peur »

Filed under: Bandes dessinées,cinéma,Romans — Mots-clefs :, , , , , , , — Sebastien @ 16 h 35 min

Petite sélection d’Angélique et de Sébastien pour vous donner envie d’avoir peur. Des histoires sombres, très sombres.

 

Stephen King, Simetierre (et autres titres),

Stéphen King est le Maître  incontesté du roman d’horreur, de frisson, d’épouvante. L’homme qui est le responsable de vos cauchemars, ce chorégraphe de danses macabres, n’a cessé de donner la chair de poule à des millions de lecteurs. Chien enragé, voiture habitée, maison hantée, pouvoirs occultes, revenants (pas contents), clown (pas content non plus), ado maltraitée rien ne nous est épargné pour basculer dans l’horreur absolue.

La force de cet écrivain est de nous plonger dans l’âme torturée de ses personnages, de nous permettre sournoisement de les incarner, de se les accaparer et de subir avec eux les pires tourments.  S’identifier à eux c’est prendre un risque de sombrer dans la folie, de perdre ses repères entre le bien et le mal, de franchir une frontière en prenant le risque de ne pas en revenir indemne.

La bibliographie de Stephen King est importante et le plupart de ses publications restent un événement littéraire. A tout ceux qui prétendaient qu’il ne s’agissait que d’un sous genre de la littérature il faut leur dire de bien consulter les programmes de littérature enseignée aux Etats-Unis. Parmi les auteurs contemporains étudiés figure bien un Stephen King. A moins qu’il ne s’agisse encore que d’un vilain tour de l’auteur qui nous a entraîné collectivement dans un immense songe aux contours effrayants. Misery avait bien raison de se méfier de son auteur favori.

Mes romans préférés sont le fléau (mon tout premier livre à plus de 800 pages), Shining, Marche ou crève (en fait la télé réalité n’a rien inventé !), Carrie (un de ses premiers textes), la Part des ténèbres, la Tempête du siècle et puis les Tommy, ça et enfin… bref pratiquement tout ! sauf Dôme que je n’ai pas encore lu.

Preuve encore du talent de l’auteur et de la force de son écriture sur notre imagination ? Rarement la télé et le cinéma n’ont réussi à mettre en image ces textes. La plupart des adaptations sont (pour moi) ratées. Sauf… Shining bien sur ! Flippant !

 

Junji ITO, Spirale

Elle est partout. Insidieuse mais présente. Dans vous, à côté de vous, sur vous. Derrière. Elle vous guette, elle vous scrute elle vous enveloppe. Elle vous hypnose. Qui ? ou quoi ? elle : la Spirale. Et là vous vous dîtes il a raison ! Elle est partout ! Dans la nature, dans la décoration, dans l’architecture, dans l’art, dans vos empreintes génitales. Omniprésente elle attend. Patiemment. Jusqu’au jour où.

Ce jour est arrivé. Dans une ville reculée de la campagne japonaise du nom de Kurouzu les gens ne sont pas vraiment heureux. L’ambiance y est lourde, les esprits constamment inquiets. Il se passera quelque chose les habitants le perçoivent bien. Tôt ou tard. Kirie Koshima observe d’étranges événements. Le père de son petit ami semble obsédé par une forme. Son obsession vire à la folie. Comme lui d’autres sombrent dans l’observation, dans l’obsession, dans la frayeur, dans l’irraison. Et puis cette chose agit sur les hommes. Ils modifient leur comportement, et même  changent physiquement. Et pas qu’un peu. Des coquilles percent sur les dos, des yeux sortent de leurs orbites. Ils deviennent peu à peu des gastéropodes. Normal ! Regardez la coquille d’un escargot ! On y trouve une belle spirale. Elégante et menaçante. La ville est attaquée. Et rien ni personne n’y résistera.

Dans le genre kowai manga (manga d’horreur) Jungi Ito excelle. Une imagination débordante nous glace avec des illustrations qui donnent le tourbillon au lecteur. Hypnotisé par cette histoires de courbe il est difficile de s’écarter de la ligne crayonnée de ce mangaka.

Kazuo Umezu, L’école emportée

Kazuo Umezo n’est ni plus ni moins que le Dieu du manga d’horreur. C’est dire l’efficacité avec laquelle il peut nous infliger nos pires malaises.

Avec l’école emportée le mangaka met en scène toute une ribambelle d’enfants très jeunes pour nous dresser un effroyable constat de ce qu’est devenue la société. De ce qu’est devenu l’Homme. Pour Kazuo un homme mauvais est avant tout un enfant mauvais. Et il ne se prive pas dans l’échelle de l’horreur pour nous raidir d’effroi.

L’histoire débute par un événement surnaturel. L’école primaire a été emportée. Déplacée ? Vers où ? Déplacée ou l’entourage de l’établissement s’est volatilisé ? Comment déterminer cette anomalie. Impossible de sortir, de se rendre compte. Aucune visibilité, pas une trace de vie en dehors du périmètre de l’école. Il n’y a plus rien hors de l’école.

Alors dans l’enceinte que reste t-il ? Des enfants. Nombreux et des adultes référents et responsables. Des profs, des administratifs protecteurs pour rassurer les enfants ? Et bien non ! À l’inverse la folie s’empare des esprits des adultes alors que d’autres préféreront le suicide.

Dans cet inextricable chaos les enfants doivent s’organiser pour combattre les quelques adultes restants, pour survivre, pour se donner du temps pour comprendre ce qu’il s’est passé.  Rivalités, haines, crispations, les enfants s’opposent avec une violence inouïe. Cette « guerre des boutons » version gore est terrifiante.

Horreur, angoisse, violence, cruauté ce manga est sombre. Très sombre. Et si cette école avait été projetée dans notre futur ? Très flippant !

 

Claudine Galéa, Rouge Métro

« Attention ce train est terminus, tous les voyageurs descendent de voiture », peut-être…

Prendre un métro est le mode de transport le plus pratique qui soit à Paris et en très proche banlieue. Se déplacer d’un point A vers un point B avec ou sans correspondance. Pour passer le temps du trajet, on s’occupe, on y lit, on y sommeille. Coupé du monde dans les couloirs puis dans les tunnels on s’y sent seul aussi. On s’observe, se dévisage, on écoute les annonces automatisées du haut parleur dont le « méfiez vous des pick pocket » qui provoque le réflexe de mettre sa main contre son portefeuille histoire de vérifier…. Dans cet endroit où règne l’individualisme, on peut perdre toute humanité en devenant indifférent, insensible, « à vot’ bon cœur M’sieurs Dames… », on n’écoute plus.

Ce jour là, Cerise, toute de rouge vêtue, prend son métro. Ce jour là, comme elle aime le faire, elle observe et contrairement à la majorité des voyageurs, ose dévisager les âmes souvent fatiguées, sombres et inquiètes des voyageurs qui l’accompagnent. Ce jour là elle a vu les yeux de cet homme, de ce SDF. Ce jour là, elle a deviné la fureur, la haine. Ce jour là, le rouge sang s’est invité.

Ce roman ose aborder rudement les thèmes du rejet, de l’exclusion, de la misère. Il est terriblement dérangeant et gênant mais il oblige à la réflexion.

 

Brigitte Aubert, Scènes de crimes

Des nouvelles originales, surprenantes, voire flippantes:

Dance floor
Règlement de compte en boîte de nuit sous fond de trafic de drogue.

L’antre
Ou comment échapper à un ogre bipolaire…

O tempura O mores
Le grand succès d’un restaurateur grâce à l’ingrédient secret de ses fameux beignets

Le centre
La triste vie des volailles vue de l’intérieur

L’ascenceur
Une jeune femme qui n’a pas froid aux yeux, même face à un terroriste

Hors forfait
Communication avec l’au-delà, ça capte le portable six  pieds sous terre?!

(G)rave party
La Toussaint, journée des morts, pris au pied de la lettre

Double voie
Voir la mort d’en face

Tueur en série
« Il ne faut pas réveiller le chat qui dort… »

Autant en emporte le vampire
Les vampires aiment aussi lire des histoires d’humains !

Quinze partout
Des ados qui font froid dans le dos…

 

Michel Honaker, Le Commandeur : Le cachot de l’enfer

Les occupants du quartier disciplinaire du pénitencier de Salt Hills ne sont pas des tendres. Et quand le sol semble se dérober sous leurs pieds, la révolte gronde.

Le FBI intervient, le phénomène semble être d’ordre surnaturel, Lamberto Camelli chargé de l’enquête, va alors contacter Ebenezer Graymes, le commandeur, sorte de régulateur du monde magique, initié au commerce avec les démons, les enchantements et la sorcellerie,  qui va s’infiltrer dans la prison en tant que prisonnier pour comprendre ce qui s’y passe.

La prison fait alors appel à un groupe de militaires spécialisés en spéléologie pour descendre voir ce qui se passe dans cette sorte de faille de boue qui empeste la mort ! Mais Camelli rend visite à Graymes pour le prévenir que c’est plus dangereux que prévu car en fait il y a des disparitions depuis plus d’un siècle sur ce terrain, bien avant la construction de la prison sauf que ceci est classé confidentiel, la police le sait mais rien ne doit se savoir.

Un orage monstrueux éclate, la prison est très vite inondée et grâce à Graymes les prisonniers du quartier D peuvent être sauvé. Puis Graymes descend dans les profondeurs pour aider les spéléologues à s’en sortir il rencontre alors IL, « l’habitant » mystérieux et nauséabond de la faille boueuse…

 

Magnus Nordin, La princesse et l’assassin

Dans une ville de suède, un jeune homme qui rentre d’une fête est raccompagné par un homme en voiture, quelques jours plus tard son corps sera retrouvé dans une déchetterie…Voilà la première partie du livre, on passe alors à Nina qui a déménagé une fois de plus, à Norra Soderbro, un quartier de la banlieue de Stockholm, elle est en première. Dans sa nouvelle classe elle est parrainée par Lenita, jeune fille bourgeoise qui contre toute attente semble sincère dans son amitié envers Nina. Nina devient amie également avec un garçon de sa classe, Markus, son voisin. Une série de disparition et de meurtres commencent, quel est le lien avec l’enlèvement  décrit en début de récit ? et pourquoi ces actes coïncident avec l’arrivée de Nina ?

Très bon thriller ! Un début très sombre, puis une mise en place minutieuse et lente des personnages, avec tout de même derrière tout ça une tension, on sait que le mensonge est maître, mais qui ment ?  Puis le récit prend de la vitesse sur les 100 dernières pages, on ne croit plus en aucun des personnages, on se surprend à les soupçonner tous, jusqu’au moment de vérité….

Melvin Burgess, le Visage de sarah // Visage face

Sara a 17 ans. Elle est jolie, physiquement gâtée par la nature. Elle est également passionnément aimée par Mark son petit copain. Pourtant dans sa tête rien ne va vraiment. « en fait, je ne sais rien. Je ne sais pas qui je suis. Je ne sais même pas ce que je suis ». Sara a une obsession : la beauté. Alors sa décision est prise et peu importe ce qu’en diront les autres : car « Pour devenir une œuvre d’art, il faut souffrir. Ça fait partie du deal. »

Elle veut impérativement devenir une vedette, une star. Œuvre d’art, muse, artiste en quête permanente de la perfection et de performance, il est vital pour Sara d’illuminer d’une façon ou d’une autre la planète showbiz. Devenir une reine de la nuit, une faiseuse de mode et de tendance, une pop star à l’image de son icône : le légendaire Jonathon Heat. Star ultime, un être énigmatique, un perfectionniste qui pour plaire à son public a sacrifié son visage au dieu bistouri. Les rumeurs les plus extravagantes circulent sur ce qu’il cache désormais derrière un masque qu’il ne quitte plus et qui enveloppe son visage comme une seconde peau.

Après un nouveau soupçon d’automutilation et d’une brûlure profonde (soi disant accidentelle) marquant le côté de son visage, Sara se retrouve en observation à l’hôpital. Elle y rencontre Jonathon qui dans le cadre de son implication associatif (et parce que c’est bon pour les ventes de disques…) visite les malades.

Fan absolue, Sara porte le masque de son idole. Pour lui, elle accepte de lui montrer la marque de la brûlure. Pour elle, il dévoile ses lambeaux de chairs et se met à nu. « tu me vois tel que je suis, Sara. Et c’est moi qui me suis fait ça. Trop d’opérations, trop de chirurgie… je me suis fait du mal. Je suis devenu horrible, parce que, en moi, je me trouvais horrible. Le monde entier me trouvait beau, et moi je me sentais moche. Voilà ma maladie : la laideur. »

Ces deux papillons de nuit se comprennent d’ailleurs Jonathon dit à Sara « Tu ne crois pas que tu me ressembles ? N’aurait on pas un diable qui nous dit sans cesse qu’on est laids ? ». Sara trouvera alors refuge dans le manoir de Jonathan qui affirme pouvoir faire d’elle la nouvelle star de la scène musicale mondiale… C’est une promesse, elle aura un prix…

Melvin Burgess excelle une fois de plus. Ce type est talentueux, un chirurgien de l’écriture qui tient entre ses doigts un scalpel qui touche systématiquement au but : celui de vous déranger par là où cela fait le plus mal…

Dans ce texte à la construction étrange Melvin Burgess se met en scène. Il nous livre le résultat de l’enquête qu’il a mené suite aux événements que « nous » connaissons tous, à savoir un drame : la disparition de Sara et l’emprisonnement de l’artiste. Il affirme avoir vu et analysé une somme de documents dont le journal intime et filmé de Sara. Et si ce texte est étrange, les protagonistes le sont davantage. Une nouvelle fois l’écriture de Burgess oblige le lecteur à ne pas sombrer dans le manichéisme. Qui est véritablement Sara, que veut-elle ? Quelles sont les intentions réelles de Jonathon ? Qui a raison ? Qui manipule qui ? Où débute la folie ?

Mais le pire est à venir car sitôt ce roman terminé vous aurez une sensation extrêmement douloureuse…. C’est angoissant ! On en parle ?