
club spécial Science Fiction
Comme l’annonçait si bien Rod Serling. « Nous sommes transportés dans une autre Dimension. Une Dimension faite non seulement de paysages et de sons, mais surtout d’Esprit. Un voyage dans une contrée sans fin dont les frontières sont notre imagination. Un voyage au bout des ténèbres où il n’y a qu’une destination : La Quatrième Dimension ! Flippant non ? Alors les jeunes mordus d’ovni, de créatures extra-terrestre, de mondes parallèles, d’uchronie, de fantasy… avaient rendez vous samedi 19 novembre à la bibliothèque. Retour avec cette…
… petite sélection proposée par Angélique et Sébastien
David Almond, Le jeu de la mort, Gallimard, Scripto, 2003
Kit Watson a emménagé à Stoneygate, ancienne ville minière, suite au décès de sa grand-mère. Lui et sa famille vivent désormais avec le grand-père pour ne pas qu’il reste seul. Kit est très vite sollicité par une bande menée par John Askew, c’est une des filles de la bande, Allie Keenan, qui va le faire rentrer dans le cercle. Kit est alors initié au rituel du groupe d’amis qui se passe dans un terril, « le Jeu de la Mort ». Une fois sa première expérience de la mort passée rien ne sera plus pareil pour Kit. Son imagination est comme surdéveloppée, Kit est comme envahi par les souvenirs que lui racontent son grand père sur le travail à la mine au point que Kit ne semble plus distinguer le passé du présent, et s’enferme dans un monde peuplé de spectres et de fantômes.
Un très beau texte qui évoque la vie à la mine, la transmission, la mort et les liens solides de la famille et de l’amitié. Le climat de Stoneygate et les épisodes fantastiques nous glacent les os!!
David Almond, Glaise, Gallimard, Scripto, 2008
« Je suis à toi, maître. Dis moi ce que je dois faire »
Comme d’habitude Davie se confesse. Comme d’habitude, le père O’Mahoney donne l’absolution. Comme d’habitude, sitôt les « avé maria » et autres « pater » récités, Davie retrouve Geordie, son meilleur ami, pour alimenter la prochaine séance de confession. Ces deux angelots servant avec sérieux la messe ne répugnent pas, bien au contraire, à relever les bras et serrer les poings lorsque Mouldy chef de bande de la ville voisine se risque à traîner un peu trop près de leur repère. En dehors de ça ; les deux amis ne sont jamais à court d’idées pour faire les 400 coups comme voler des cigarettes ou le vin de messe.
Un jour Stephen Rose s’installe dans la maison de Mary dite Mary-la -folle. Cette grenouille de bénitier qui depuis longtemps guette l’arrivée des anges sur Terre recueille son petit fils exclu de l’école de prêtrise. Issu d’une famille de « cinglés » ce mystérieux jeune homme attire les commentaires et les rumeurs les plus insensées. Stephen s’en moque, ils ne sont que des « dégénérés qui mènent le monde à sa perte ».
Persuadé d’être créateur et rédempteur ce messie s’imagine pouvoir imposer aux hommes le moyen de croire en Lui puisque Dieu est mort en 1944. Il entreprend alors de façonner un monde à son image. Il manipule la glaise et fort de son pouvoir il donne vie à des figurines. En attendant de sauver le monde il parvient à convaincre Davie de l’aider à accomplir sa mission et pour cela de créer son Oeuvre : un monstre de glaise.
L’éditeur ne trompe pas ses lecteurs en indiquant que ce roman est fascinant et obsédant. Je rajouterai : inquiétant. L’angoisse est permanente pendant la lecture de ce roman de David Almond où il est question du bien et du mal, de dieu et du diable. Et si Stephen manipule son monde nul doute que David Almond réussit aussi à manipuler ses lecteurs avec une force démoniaque. On plonge dans des univers parallèles où se côtoient Edgar Alan Poe, Stephen King, le docteur Frankenstein, le Golem et les écrits des apôtres. Une terrible descente en Enfer… Avec une possibilité de retour ? Atmosphère, Atmosphère…
John Connolly, Les portes, L’Archipel
Samuel, 11 ans, vit seul avec sa mère quelque part en Angleterre. Petit garçon calme et excentrique à la fois, il est toujours accompagné de son fidèle chien Boswell. Samuel sait se faire remarquer, avec son imagination débordante il surprend ses camarades et ses professeurs qui ont du mal à le croire quant à sa mère elle souhaite carrément lui interdire certaines lectures. Alors lorsque Samuel se pointe chez ses voisins, les Abernaty au 666 trois jours avant Halloween pour être sûr d’avoir des bonbons, il découvre qu’ils ont des pratiques obscures mais personne ne va le croire quand il va raconter ce qu’il a vu. Pendant ce temps en Suisse des scientifiques qui travaillent sur « le pourquoi du comment » du Big-bang rencontrent des problèmes avec leur collisionneur qui en perdant une pièce a ouvert une porte dans l’univers. Malheureusement cet évènement n’est pas sans lien avec ce que Samuel a vu chez ses voisins, puisque cette porte est celle de l’Enfer !!!
Un roman qui s’adresse aux plus jeunes, même si l’auteur inonde le lecteur avec les notes de bas de page sur la théorie du bigbang, les détails sur le collisionneur, etc, mais ouf on peut facilement se passer de la lecture de ces notes puisque l’histoire est vraiment facile à suivre. L’écriture est parfois humoristique l’auteur fait « un savant » mélange entre explications scientifiques et « loufoqueries monstrueuses », Samuel est un merveilleux petit bonhomme très attachant et surtout le duo de monstres Nouilh et Trouilh est totalement burlesque !
Guillaume Guéraud, La brigade de l’oeil, Le Rouergue, 2007. (DoAdo. Noir)
Imaginez. Nous sommes demain. Pas si loin. Encore au XXIè sicècle
Regardez un peu. Seulement un peu.
Etes vous certain de bien voir ?
Bien pas dans le sens d’une bonne vision.
Bien pour savoir si vous ne risquez rien.
« Voir » est devenu dangereux.
Tout voir est désormais interdit.
Voir une image est devenu un délit depuis la loi de Bradbury de l’an 2037.
La sanction : la cécité.
Vous n’y couperez pas. L’impératrice Harmony règne d’une main de fer absolue depuis la Révolution. A ses côtés des fonctionnaires-commandos menés par Falk sont prêts à tout pour imposer la Loi. Armés jusqu’aux dents avec des lance-flammes ils pourchassent les délinquants. Plus la moindre image, plus de télévision, plus de cinéma la brigade de l’œil y veille.
Son rôle est d’interpeller et de brûler la rétine des contrevenants. Kao le sait. Pourtant ce lycéen de 15 ans prend les risques et… deale les images maudites.
Du Guéraud dans le style, dans le ton, dans les thèmes abordés. Un rythme endiablé, une écriture cinématographiée, un roman de science fiction percutant, choquant, dérangeant comme souvent. Ce (pour une fois) long texte de Guéraud détonne dans le roman dit pour ado. Une romance à la Roméo et Juliette dont l’on devine la gravité, un rapport entre le bien et le mal secoué et perturbant, une réflexion sur la censure, le totalitarisme et un immense hommage (comme toujours) au cinéma !
Et n’oubliez pas : « la télévision est un poison »
Patrick Ness, Le chaos en Marche : La voix du couteau T.1, Gallimard Jeunesse
C’est l’année de ses treize ans et, dans un mois, Todd Hewitt va devenir un homme. Il est le dernier garçon de Prentissville. Cette ville de Nouveau Monde est uniquement peuplée d’hommes. Depuis longtemps, toutes les femmes et les enfants ont disparu. A Nouveau Monde, chacun peut entendre les pensées des autres, qui circulent en un brouhaha incessant,
le Bruit :
|
|
Viola Todd Hewitt Prentissville Nouveau Monde Ben Cillian Aaron Femme Homme Manchee Mouton Couteau Marais Crocodile Fuir Spakle Vaisseau Livre Ferme Virus Mort Garçon Fille Purain Feuttue Paix Popo
|
|
Nul ne peut échapper au Bruit, nulle part, jamais…
Jean-Claude Mourlevat, Terrienne, Gallimard jeunesse, 2011
Nous sommes dans la Loire (département où vit l’auteur), près de Montbrison.
Anne, 16 ans part à la recherche de sa soeur aînée, Gabrielle, disparue le jour de son mariage.
Anne se doutait que Jens, l’homme que Gabrielle allait épouser lui ferait du mal, elle le voyait dans ses cauchemars. Ca fait maintenant un an que Gabrielle a disparu, on ne sait rien, mais Anne reçoit un jour un message de sa soeur par le biais des ondes radio qui l’appelle au secours et lui dit se trouver à Campagne. Anne part alors à la recherche de ce lieu: Campagne, il semblerait que ce soit un lieu-dit qu’annonce une pancarte près de Montbrison, mais Campagne s’avère en fait être un passage vers un autre monde. Avec l’aide d’un vieil écrivain désabusé, Etienne Virgile, qui joue les taxis pour Anne, elle va passer de l’autre côté. Cet autre monde est complètement aseptisé : de la saleté, de la maladie, mais aussi des émotions et même de la respiration. Anne va bénéficier de l’aide de deux complices qui sont des « hybrides » : Madame Stormiwell, femme de chambre, et Bran, qui fait partie des soldats, Anne l’ avait déjà rencontré lors du mariage, tous deux vont l’aider à retrouver Gabrielle pour la ramener sur Terre.
Dans ce texte proche de la science-fiction, Mourlevat aborde une nouvelle fois les thèmes qui lui sont chers : l’amour, la fratrie, la trahison et la liberté sur fond de monde parallèle. L’auteur nous embarque dans ce drôle de monde, on y croit, c’est bien construit, bien trouvé, ça tient la route, on s’interroge sur ce qu’est « être un humain ». Le rythme est soutenu, le suspens est intense, on ne le lâche pas jusqu’à la dernière page.
Mourlevat y intègre de nombreuses références littéraires comme l’écrivain Étienne Virgil, parallèle à Virgile, le poète. Référence à Barbe Bleue, avec Anne qui était aussi le prénom de la femme de Barbe bleue qui découvre que son mari a tué ses anciennes épouses mais aussi référence à la Shoah avec Estrellas (étoiles en espagnol) lieu où on emmène les morts et ceux dont on ne veut plus.
Pfeffer, Susan Beth, Chroniques de la fin du monde ; 1 Au commencement, Pocket jeunesse, 2011.
C’est un événement quasi unique dans l’histoire ! Un astéroïde se dirige en direction de la Lune. Nulle inquiétude selon les scientifiques et les politiques. Alors quoi de plus normal que d’attendre et vivre cet événement. Nul impact.
Plutôt détachée de cette effervescence Miranda, collégienne de 16 ans, se préoccupe davantage de sa petite vie, ses amours, ses passions qu’elle exprime dans un journal intime. Elle y évoque ses projets d’avenir.
Le grand jour est arrivé. Tous les yeux sont rivés vers le ciel ou sur les écrans de télévision du monde entier. 5-4-3-2-1 impact ! Impressionnant ! Chacun retient son souffle. Des effusions, des applaudissements et la vie reprend son cours.
Sauf que les calculs des astrophysiciens n’avaient pas tout envisagé : la lune est déviée de son orbite. Les premiers effets sur l’écorce terrestre ne se font pas attendre. Soubresauts, tremblements de terre, tsunamis, dérèglement climatique… le chaos s’installe, l’apocalypse s’annonce.
Coupures d’électricité, rationnement alimentaire, rareté des moyens de communication, cotes et terres immergées ne laissent pas entrevoir un répit. D’autant que la Lune ne cesse de s’approcher. De toute évidence la fin du monde ne fait que commencer !
Miranda, sa mère, ses 2 frères doivent désormais survivre. Mais comment, jusqu’à quand, pourquoi ?
Grâce au journal intime Miranda relate au jour le jour les effets de ce drame. Entre sa mère instinctivement obsédée par la protection de ses proches, une vie quotidienne qui n’a désormais plus d’intimité, Miranda souffre. Sa vie d’adolescente insouciante, les petits copains, les amis, les cinés, l’université tout est fini. Autour d’elle certains tentent de gagner des terres que l’on pense protégées, d’autres meurent, d’autres restent cloîtrés. La méfiance gagne les survivants. Le danger ne vient plus seulement du ciel mais aussi des rescapés entre eux.
Ce roman catastrophe illustre l’effet de mode de la dystopie qui abonde dans la littérature actuelle. Roman sur la fin du monde, la fin de notre monde vue et commentée par une adolescente qui oeuvrera et consacrera son peu de force et d’énergie pour supporter… l’insupportable.
Une belle surprise ! Un roman prenant, intense, nerveux. L’auteur réussit à rendre physique les cataclysmes. Le lecteur subit comme les rescapés les effets de la déviation de la trajectoire de la Lune. Vous suffoquerez en même temps que les personnages. La suite est prochainement disponible à la bibliothèque et ohhhhhhhh vous serez particulièrement désarçonné. Par quoi ? Jetez donc un œil dans le premier volet et ensuite scrutez l’horizon.
Westerfeld Scott, Léviathan, Pocket Jeunesse, 2010
Le 28 juin 1914 l’archiduc François-Ferdinand est assassiné. Ainsi débute la Grande Guerre. Mais connaissiez vous vraiment l’histoire ?
En presque réalité l’archiduc n’a pas été assassiné par un étudiant mais empoisonné. En presque réalité son fils Aleksandar se retrouve vraiment en danger. Pour l’aider, ou plutôt le contraindre à s’exiler en Suisse, son précepteur le comte Voger et son maître d’arme Klopp l’embarque de nuit dans un Sturmganger.
Dans cette sorte de « Transformer » du début du XXè siècle l’équipage pousse au maximum de ses capacités techniques cette arme mécanique qui fait la fierté des Clanker. Dans cette Europe en proie au cataclysme la machine maîtrisée par les Clanker s’oppose au camp du darwinisme et ses étranges créatures organiques vivantes.
Chez les Darwinistes, à Londres, une jeune fille prénommée Deryn ne songe qu’à une seule chose : intégrer l’air service britannique. Seulement c’est une fille ! Trichant sur son nom et optant pour un prénom de garçon elle parvient à intégrer ce corps d’armée. Rapidement repérée grâce à son habilité elle intègre l’équipage du Léviathan. Cette étrange machine immense ressemble à une sorte de baleine de taille exceptionnelle et volante fonctionnant avec un écosystème qui lui est propre. Armes biologiques d’un côté, armes mécaniques de l’autre l’affrontement est imminent. A bord du Léviathan un précieux contenu mystérieux : des œufs ! Veillés par la petite fille de Darwin. Nouvelle arme ?
Le vol n’étant pas sans embûche l’aéronef plit sous les assauts des Clankers et amerrit en catastrophe dans les hauteurs alpines au moment ou Alek prend refuge à proximité.
Roman Uchronique, Scott Westerfeld raconte l’Histoire à sa manière particulière. A lire c’est impressionnant. Vif, précis, dynamique la première partie du texte insiste sur la précipitation des événements avec des chapitres mettant en parallèle les deux héros. Ce roman richement illustré par Keith Thompson est un subtil mélange de Jules Verne et de Georges Orwell. Une trilogie est annoncé.
Enfin l’auteur a l’ingénieuse idée de revenir vers la réalité en proposant à ses lecteurs, à la fin de sa première partie, un rapide et bienvenu cours d’Histoire, la vraie cette fois.
Des avis, des commentaires, ce blog est à vous !